Comment le numérique peut aider à la reconstruction de Saint-Martin

octobre 19, 2017


De par l’ampleur des destructions qu’elles ont générées aux Antilles et jusqu’en Floride, l’ouragan Irma et le cyclone Maria sont des catastrophes inédites. La priorité est à la reconstruction, et pour agir vite, il faut mobiliser les méthodes de construction les plus innovantes. L’avis de Manuel Flam, Directeur Général de la Société Nationale Immobilière (SNI), filiale de la Caisse des Dépôts.

L’émergence des imprimantes 3D et le partage numérique d’information grâce au BIM (Building Information Modeling) donnent les moyens de reconstruire à moindre coût, plus rapidement et efficacement afin de faire face aux situations d’urgence tout en étant respectueux de l’environnement. Ainsi, en mars dernier, la start-up russe Apis Cor est parvenue à construire une maison de 38 mètres carrés en moins de 24h pour un coût inférieur à 10.000 euros grâce à une imprimante 3D géante qui opère par couches successives à partir d’un modèle numérisé.

Des initiatives de ce type se développent également en France. En septembre à Nantes, avec le soutien de la Caisse des Dépôts, le robot BatiPrint3DTM a construit en 3 jours les murs d’un logement social d’environ 100 m2 grâce à une imprimante géante, opération qui aurait dû prendre 3 semaines et coûter 30 % plus cher. La technologie d’impression 3D appliquée au bâtiment est en phase d’expérimentation depuis quelques années. Avant l’émergence des imprimantes en 3D géantes, elle s’est d’abord déployée sur la réalisation de structures préfabriquées en usine et transportées sur le lieu de construction. Elle évolue désormais aujourd’hui vers des impressions directement sur site. Les Etats-Unis, la Chine et Dubaï ont déjà plusieurs constructions emblématiques de ce type à faire-valoir. L’entreprise chinoise WinSun par exemple est l’une des premières en 2014 à construire en moins de 24h des logements de cinq étages par assemblage de matériaux imprimés en 3D.

Si l’industrie de l’imprimante 3D n’en est encore qu’à ses débuts, ces avancées technologiques doivent dès à présent être examinées par les pouvoirs publics et les professionnels de la construction pour imaginer leur déploiement lors de catastrophes de grande ampleur. A terme, l’usage des technologies numériques permettront d’analyser les sols pour construire une maison dont la forme correspondra aux contraintes du terrain. Ainsi, si un flanc est exposé à des vents importants, l’imprimante pourra concevoir un mur incurvé qui lui permettra d’améliorer sa résistance. Lors de catastrophes naturelles, des logements pourront être construits sans avoir à mobiliser des équipes entières sur des chantiers et dans des conditions climatiques difficiles.

Utiliser le big data pour prévenir les zones à risque

L’ampleur des dégâts causés par Irma et le cyclone Maria s’explique en partie par le non-respect des normes anticycloniques en matière de construction de bâtiments qui doivent disposer d’un ancrage au sol renforcé, d’un toit plus solide et d’une réduction des prises d’air. La phase de reconstruction qui démarre doit être l’occasion de mettre le numérique au service d’une construction durable. Le BIM – ou maquette numérique – qui concentre l’ensemble de l’information disponible pour un ouvrage sur l’ensemble de sa durée de vie doit être au cœur de la reconstruction. Avec le BIM, les analyses et les contrôles sont effectués très tôt dans l’étude d’un projet grâce à la modélisation en 3D et son utilisation pourrait permettre d’analyser l’impact de normes renforcées en matière climatique ou sismique sur les techniques de construction.

L’ensemble des outils numériques est clé si l’on s’intéresse à la performance énergétique des bâtiments à reconstruire. Les solutions énergétiques innovantes, les mutualisations à l’échelle d’un îlot ou encore le choix de matériaux biosourcés sont autant d’options qu’il s’agit de mettre aujourd’hui sur la table. Il est par exemple possible d’analyser l’impact de l’utilisation du bois par rapport au béton sur l’environnement d’une île, de déterminer la constitution et la nature des sols et de prévoir les risques qui peuvent exister en matière d’éboulement, de débordement de cours d’eau etc. Sans sous-estimer les incertitudes liées au dérèglement climatique, nous pouvons collecter de nombreuses informations météorologiques ou sismiques. Grâce au big data et aux prévisions réalisées par les modèles des instituts de recherche climatique, il est dès à présent possible d’identifier des zones qui seront potentiellement à risque d’inondation dans 20, 30 ou 40 ans. Si l’on souhaite éviter que de telles destructions ne se reproduisent, reconstruire passe par le numérique. Face à l’urgence de la situation, il est nécessaire de réfléchir et d’organiser la reconstruction des îles touchées en utilisant les nouvelles technologies.

 

Billet initialement publié dans Challenges.